Le 16 octobre 1998, ma vie a changé.
Strasbourg. Médecin, un exercice libéral, un poste d’attaché à l’hôpital.
Famille. Appartement. Oui : jolie voiture, oui, aussi.
Une vie dense - une vie lisse ; un mouvement perpétuel – des chemins tracés ; sans craintes - mais sans risque. Pas sans passion, certes, mais une vie de raison.
Alors on confie la clef à d’autres, on file vers le sud, la mer. On tente, on découvre, loin des regards, seul juge – non, je manque d’honnêteté, les regards pèsent toujours, mais peu importe : libre, ou s’autoriser à le devenir, les sillons ont disparu, un autre reprendra le flambeau, au diable le flambeau. Un parcours vierge, plus – beaucoup plus - d’air.
Je me trompe ; ce 16 octobre 1998, ma vie n’a pas changé : j’ai changé de vie. C’est là, dans cette nuance, que réside tout le sens du changement.
J’ai changé de vie. Et tant qu’à faire – pourquoi pas ? – pour une double-vie.
Thierry Serfaty